Biographies

Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /2010 16:58
   Adrien1
 
ADRIEN : notre doyen, un personnage qui ne sait pas renoncer.

La preuve, il a appris l’accordéon à 75 ans !

Je m’appelle Adrien Pradin. Je suis né le 4 juin 1920 dans le Cantal, dans le petit village de La Besseyre. Je suis l’aîné d’une famille de 10. Mes parents fermiers dans ce village étaient très pauvres, plus que pauvres même, puisque à l’âge de 10 ans, ils m’ont placé chez les autres comme pâtre pour garder les vaches. J’ai été placé jusqu’à l’âge de 17 ans dans les fermes, comme pâtre dans les montagnes. Je n’ai donc pas été à l’école.
Ma famille a quitté l’Auvergne ; j’ai compris que je ne pouvais compter que sur moi-même pour construire ma vie.
J’ai quitté les fermes et suis allé travailler sur les chantiers, pour commencer à la mine de Champagnac, puis d’un chantier à l’autre, et sur les voies de chemin de fer.
En 39-40, la guerre a été déclarée. Je me suis trouvé à travailler à Bédarieux dans l’Hérault. Et puis la France a capitulé. Je n’avais pas été appelé dans l’armée parce que je suis de la classe 40 mais du 2e contingent. Après la capitulation je me suis engagé pour servir mon pays et me suis retrouvé mécanicien dans un groupe de bombardement. Je suis alors parti me faire engager à Béziers, j’ai donc passé des examens, puis j’ai été convoqué pour aller signer mon engagement. Là un lieutenant m’a dit « 4 ans de Blida, d’accord ?». J’ai dit d’accord, il a signé. Là pour moi c’était une porte dont je n’avais pas la moindre idée de ce que çà pouvait être. Je dois dire qu’on m’avait demandé dans quelle armée je voulais aller, je n’ai pas hésité, j’ai dit l’aviation.
J’ai été incorporé dans l’aviation à Salon-de-Provence. Puis nous sommes venus à Issoudun, repartis pour Marseille, et j’ai embarqué pour l’Afrique du Nord sur un bateau en bois, qui s’appelait Gouverneur général Tirman. J’ai découvert le « mal de mer » !
On a débarqué à Oran et emmenés jusqu’à Fez puis à Marrakech où j’ai été incorporé dans un groupe de bombardement qui était équipé de Léo 451, autrement dit Léo 45. Je me suis trouvé au magasin technique.
Mon groupe dissident a accueilli les Américains.
Mon groupe a alors été équipé avec des avions beechcraft pour pouvoir faire l’entraînement. Quant à moi entre-temps j’avais été breveté aide-mécanicien (5e sur 35). J’étais admissible à l’école de mécaniciens d’Agadir. Mais les américains avaient ouvert leurs écoles de mécaniciens pour les français, et j’ai été admis pour aller en Amérique.
Je suis donc parti en Amérique vers le 15 août 1942. J’ai débarqué à Newport News Norfolk et j’ai été envoyé à l’école au Texas où il a fallu pendant un mois apprendre l’anglais, puis dans l’école de mécaniciens. Au bout d’un an, les premiers ont été envoyés à Détroit à l’usine Ford pour faire un stage supplémentaire sur le moteur Pratt et Whitney 2800
A la fin de ces cours, on a embarqué sur un gros bateau, nous étions à peu près 3000. C’est 2 jours après que nous avons appris que le débarquement en France avait eu lieu ; nous sommes arrivés une 2e fois à Oran. Puis j’ai ré-embarqué sur le croiseur La Jeanne d’Arc pour Cagliari, en Sardaigne. On faisait des missions de bombardement sur l’Italie, dans la vallée du Pô. Plus tard, nous avons soutenu le débarquement pour le sud de la France. On a ré-embarqué à Cagliari et atterri dans le vieux port de Marseille. Ensuite nous sommes repartis pour Lyon puis j’ai été envoyé à Ambérieux, dans l’Ain.
Là s’est formée une grosse unité de réparation et d’entretien d’avions :
des Maraudeurs appelés aussi B26 (Glenn-Martin), bimoteurs de bombardement redoutables équipés de tourelles, de mitrailleuses AV-AR et sur le dessus. Deux de ces avions désarmés sont restés à Vilgénis (la fac) jusque dans les années 70 ; des générations de pilotes et mécaniciens les ont admirés.
des Mitchell, et aussi des P40 (un avion superbe avec lequel Antoine de Saint-Exupéry s’est abîmé en mission au large de Marseille) qui étaient équipés de moteurs Allison V 1710 en ligne de 1200 ch.
Je suis resté à Ambérieux jusqu’à l’armistice.
Je venais donc d’être nommé sous-officier. Je gagnais un bon salaire. J’avais été nommé caporal quand j’étais aux Etats-Unis et caporal-chef quand j’avais fini le stage de mécanicien. A Ambérieux, j’avais été nommé sergent, j’étais donc sergent diplômé mécanicien avion.
A Ambérieux, j’avais été formé pour travailler sur le banc d’essais des régulateurs d’hélices. J’avais suivi aussi un stage de qualification pour les circuits hydrauliques. Donc, en plus d’être breveté mécanicien, j’étais aussi spécialiste du régulateur d’hélices et spécialiste en hydraulique.
La guerre était terminée. Au bout d’un an j’étais démobilisable, mais j’ai rempilé un an. A cette période, il y a eu la guerre d’Indochine et je ne voulais pas y aller. Il ne me restait plus que 3 mois à faire alors j’avais refusé de partir et j’ai été obligé de quitter l’armée à expiration du contrat.
J’ai fait ma demande pour travailler à Air-France et j’ai passé un essai. J’ai été embauché le 12 mai 1947 par M. Ascensio, d’abord au banc d’essais hydraulique pour les équipements, j’y suis resté 13 ans. Puis j’ai demandé à travailler sur avion. J’ai dû faire la qualification B707, j’y ai travaillé environ pendant 1 an. Je suis rentré à DM.LK comme mécanicien d‘escale pour faire des déplacements. J’étais célibataire et je connaissais l’anglais technique et parfaitement l’anglais courant, j’étais disponible et surtout pour n’importe quel pays. Ma 1ère escale a été Rio de Janeiro. J’ai travaillé dans 30 pays, de Bangkok à Anchorage en passant par Tokyo et Pointe-à-Pitre.
Bien sûr, au cours de ces voyages, il s’est passé beaucoup de choses, j’ai de nombreuses anecdotes sur lesquelles je ne vais pas m’attarder... Une de mes grandes aventures a été d’être le mécanicien accompagnateur d’un avion affrété par des milliardaires américains pour le tour du monde, moi Adrien, le petit pâtre des montagnes, quasiment analphabète qui n’a jamais été à l’école. Cà a été un excellent souvenir. Et çà le restera toujours.
Voilà un petit peu toute mon histoire. J’ai quitté Air France en 1976 après 28 ans de Compagnie, le dernier avion sur lequel j’ai travaillé était le Boeing 747 ; que de chemin accompli depuis le Léo 45 mon premier avion.
J’ai 35 ans d’aviation, dont 5 ans de guerre.

C’est une mission bien remplie.

 

Adrien Pradin a reçu la médaille d'argent du Mérite aéronautique le 17 septembre 1973.
Pour nous la carrière d’Adrien doit pour tous rester un exemple de courage et de ténacité.

MERCI ADRIEN !

(Le texte intégral est disponible dans la section Publications de l'Espace Adhérents)
Par ARAF Auvergne - Publié dans : Biographies
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